Sujets spéciaux (philosophie des normes)

Ce cours vise à mieux comprendre le phénomène de la coopération sociale et, en particulier, le rapport des individus aux normes et aux institutions sociales dont elle semble dépendre. La coopération sociale à grande échelle qui caractérise les sociétés humaines est un phénomène mystérieux. En général, la vie animale ressemble plus à celle des primates, nos parents les plus proches chez les animaux, qui tendent à vivre dans des tribus d’au plus une centaine d’individus, et qui exercent des formes très limitées de comportement altruistes. Nous n’avons pas non plus le bagage génétique des insectes sociaux, par exemple, qui permet d’expliquer leur « ultrasociabilité ». Les sociétés humaines sont donc bien plus ordonnées que notre biologie le laisse prévoir. Mais nous sommes aussi capables de toutes sortes d’actions qui, sans mener au chaos total, génèrent toutefois des échecs importants de coopération.
À partir de ce constat de l’« insociable sociabilité » humaine, pour reprendre l’expression de Kant, se déploie un nombre important de questions passionnantes pour le philosophe, notamment sur l’origine des conventions, des normes, et des institutions sociales – concepts qu’il s’agira par ailleurs de définir et d’interroger – mais aussi sur la motivation des individus à s’y plier. Comment en effet expliquer que les individus se laissent contraindre par de si nombreuses normes sociales ou morales, qui ne semblent pas toujours les avantager? Doit-on insister sur la primauté des formes instrumentales ou stratégiques de la rationalité, et chercher à démontrer que le respect de ces normes est le reflet de l’intérêt bien compris de l’individu, sinon la preuve de son irrationalité, ou doit-on plutôt y percevoir la prédominance de l’effet des institutions sur le comportement, au risque de réduire l’individu à un simple exécutant passif? Une autre question importante est celle de l’attitude que doit adopter la philosophie à l’égard de ces normes et de ces institutions. On peut notamment se demander s’il existe un équilibre entre la position normative en philosophie pratique, selon laquelle la tâche du philosophe est d’abord de formuler et de justifier normes et institutions, et l’approche de la théorie critique, selon laquelle l’exercice philosophique vise plutôt la mise en lumière des structures et des dispositifs de pouvoir ou de domination sur lesquels se fondent le vivre-ensemble. Enfin, il faudra comprendre que le travail philosophique sur ces questions ne peut se faire en vase clos, mais doit nécessairement faire appel aux contributions des sciences sociales et naturelles, dont nous questionnerons d’ailleurs l’apport et les limites dans le cadre de la réflexion philosophique, ce qui nous amènera aussi à aborder un certain nombre de questions de nature épistémologique et méthodologique.

 

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